Bolognima Anouton Claire : « Je suis parvenue à créer de l’emploi pour moi-même et pour d’autres personnes ... à chacun d'oser».

Gouvernance économique
vendredi, 13 avril 2018 16:08
Bolognima Anouton Claire : « Je suis parvenue à créer de l’emploi pour moi-même et pour d’autres personnes ... à chacun d'oser».

(Togo First) - Quand le souci de régler le problème de malnutrition chez les enfants rencontre une volonté d’entreprendre et de créer de la richesse pour soi et pour les autres, on obtient « Etablissement Binayah », spécialisé dans la production d'épices et de farines enrichies.

Sa promotrice, Bolognima Anouton Claire, qui a surfé sur des marées, a bien voulu nous parler de ses débuts, sa motivation, ses contraintes et difficultés. Même si elle relève ses succès, elle n’insiste pas moins sur ses besoins de financement dans une perspective de croissance et de production à moindres coûts. Car, c’est uniquement lorsque les coûts et le temps de production seront moindres que ses produits seront plus accessibles à la population, assure-t-elle. Lecture !

Togo First : Comment avez-vous eu l’idée de produire des farines alimentaires ?

B.A.C : J’ai constaté qu’au Togo les enfants étaient malnutris. Dans ma propre famille, nous avons eu des ennuis de santé, carence en fer, sang. J’ai donc voulu régler ce problème dans ma famille et soutenir tous  les enfants au Togo en produisant et en mettant à disposition des farines alimentaires qui puissent remonter leur système immunitaire, le fer, le sang ; être en bonne santé comme tous les enfants …

Nous composons nos farines avec les céréales qu’on peut trouver au Togo comme le mil, qui est très nourrissant et qui comporte l’acide folique. Beaucoup trouvent banale cette céréale et ignorent tous ses bienfaits. Le plus souvent, on  le retrouve au nord. Ma farine préférée, je l’appelle « Manne Farine de Moringa » qui est aussi très nourrissante qui se compose du soja, de la souche, des épinards, de Moringa et autres. C’est une farine qui est certifiée par l’ESTBA (ndlr : Ecole supérieure des Techniques et Biologie Alimentaires) et c’est très bien. Elle a un pourcentage en fer et est riche en d’autres éléments nutritifs.

12419 marchands

« Je suis très contente que les gens apprécient mes produits. »

Togo First : Que faisiez-vous avant de vous lancer dans l’auto-emploi ?

B.AC : Après l’école, j’ai eu une formation en maraîchage. En plus de cela, mon père est paysan ; je m’intéressais beaucoup à l’alimentation. En Allemagne, j’ai également fait des études en nutrition. Pour composer la farine, je sais que dans telle céréale, on peut trouver telle quantité de ceci ou cela et quand je fais la combinaison, je cherche à certifier. Une fois qu’on l’approuve, je mets cela sur le marché. J’ai jugé nécessaire d’avoir un marché complémentaire et je m’intéresse à tout ce qui est légume. Je vends les épices, ou mélange d’épices, le curcuma que je me suis mise à cultiver, l’ail, le gingembre en poudre, etc.

Nous mettons en valeur tout ce qu’on peut trouver au Togo. Nous faisons par exemple des confitures  avec des mangues parce qu’en saison des pluies, il y a beaucoup de gaspillages. On conserve les mangues, les tomates et tout ce qu’on peut trouver.

Togo First : Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontée au quotidien ?

B.AC : Il faut dire que nous travaillons manuellement et les choses vont très lentement. Tout de suite, on constate que c’est la fin du mois et il faut payer le personnel… on a le problème de débouchés aussi ; on a un problème de place ; il faut trouver une place appropriée. Nous avons également des problèmes d’argent. Nous voulons mettre des machines plus performantes pour mieux satisfaire la population. Parce que s’il pleut, c’est avec le séchoir solaire qu’on se débrouille mais ce n’est pas aussi grand pour satisfaire toute la population, quand même.

Togo First : A vous suivre, la demande de vos produits est si forte que vous ne parvenez pas à satisfaire les commandes, pourtant vous disiez tantôt avoir des difficultés pour trouver des marchés.

B.A.C : Oui, la demande est très forte quand bien même nous n’avons pas commencé la publicité. C’est vrai. Les gens que nous avons touchés de bouche à oreille sont si nombreux. Il faut courir au moulin pour les satisfaire. Ce n’est pas vraiment ce que nous voulons. Notre souhait, c’est d’avoir tous les produits un peu partout pour que la population elle-même puisse s’approvisionner. Je fais les foires, même internationales, mais ce n’est pas encore ça. Il faudrait mettre un accent sur la communication pour mieux booster les choses.

Togo First : Parlez-nous un peu de vos succès

B.A.C : Des succès, j’en ai eu effectivement. Nous avons commencé tout petit. Je suis très contente que les gens apprécient mes produits. Les commerciaux que j’interroge sur ce point, me font souvent le rapport selon lequel les produits sont appréciés à 100%, parfois à 90%, parfois à 80%. Mais pour être raisonnable, je peux vous assurer que mes produits sont appréciés. Ils sont naturels et ne comportent aucun mélange chimique.

Donc, la satisfaction du client est un motif de satisfaction pour moi-même. Ce n’est pas encore grand-chose mais, je suis parvenue à créer de l’emploi pour moi-même et pour d’autres personnes ; c’est déjà un succès. On a pu résoudre aussi le problème d’emballage. Effectivement, nos produits ne sont pas exposés au soleil comme au marché ; les supermarchés les acceptent quand même ; comme le « supermarché La Concorde », les dauphines, les RMS et les supermarchés comme Epiceries « Le Levant » ; « RAMCO » bientôt. Parfois, nous sommes à 50 000 FCFA par jour, 30 000 FCFA par jour et quelquefois, s’il n’y a pas le marché, 20 000 FCFA par jour. Mensuellement, nous sommes à 1 000 000 FCFA.

Togo First : Quel est votre prochain challenge ?

B.A.C : Je veux avoir des séchoirs performants ; je me bats  pour en finir avec la production manuelle. Il faut avoir des machines pour accélérer le processus de production ; c’est cela, mon rêve. Quand on passe tout le temps pour faire la production, on calcule ce temps et le produit devient un peu cher et réservé à une certaine catégorie de personnes ; or moi je veux que le produit soit accessible à toutes les bourses. Il me faudra du financement conséquent. Le PRADEB nous a financés. Mais on n’a pu avoir qu’un séchoir. Dans les années à venir, il faudrait que ma structure soit stable, c’est ça mon plus grand défi.

Togo First : Avez-vous un message pour les jeunes Togolais en quête d’emploi ?

B.A.C : C’est très passionnant d’entreprendre. Je ne dis pas que vous aurez votre succès en dormant ; il y a vraiment des nuits sans sommeil ; il faut réfléchir…, cela te pousse à être responsable car tu es devenu chef de ton entreprise. Aucun paresseux ne peut entreprendre.

Le champ est trop vaste  libre ; il y a tellement de créneaux porteurs au Togo…, dans n’importe quel domaine on peut entreprendre ; c’est à chacun de se demander qu’est-ce qu’il est capable de faire… d’ailleurs on n’a pas de concurrent. Même si nous sommes dans l’agroalimentaire où on est en concurrence avec les produits venant de l’extérieur, tout le monde a compris au Togo que les produits naturels sont préférables. Donc à chacun d’oser.

Propos recueillis par Séna Akoda

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