Yao Azoumah, lauréat Boad du Concours Energies Renouvelables : « offrir le solaire aux compatriotes et créer de l’emploi »

Energies
vendredi, 14 décembre 2018 22:13
Yao Azoumah, lauréat Boad du Concours Energies Renouvelables : « offrir le solaire aux compatriotes et créer de l’emploi »

(Togo First) - Porté au pinacle en novembre dernier grâce au 1er prix de la Boad, de 30 millions FCFA, pour le meilleur projet innovant dans le domaine des énergies renouvelables, Yao Azoumah est l’un des visages togolais de l’alternative énergétique. Son projet, « Groupes électro solaires » porté par sa société KYA-SoP ambitionne de fournir le solaire autrement, tout en créant de l’emploi et en assurant une expertise togolaise.

Togo First est allé à sa rencontre.  

Togo First : Vous avez récemment remporté le prix de la start-up dans les énergies renouvelables organisé par la Boad à l’occasion de la célébration de ses 45 ans. Quelles sont vos impressions ?

Yao Azoumah : Je suis très heureux d’avoir remporté ce prix. Au fond, c’est un travail d’équipe qui a commencé il y a maintenant 4 ans. Nous avons beaucoup réfléchi à des solutions plus adaptées aux besoins énergétiques de l’espace UEMOA de façon générale, et de notre pays le Togo tout particulièrement.

T.F : Parlez-nous de votre entreprise. Que faites-vous  concrètement ?

Y.A : Nous sommes spécialisés dans le solaire et l’efficacité énergétique. Nous avons donc ici proposé un système à mi-chemin entre les mini-kits solaires et les mini-centrales, avec l’idée de le faire compact, mobile et multiservices. C’est-à-dire s’adaptant aux besoins ruraux et urbains.

Dans le rural, par exemple, c’est tout ce qui est irrigation, transformation agroalimentaire et ménage. Dans l’urbain, ce sont les PME/PMI pour leur assurer une continuité de fourniture d’électricité. Ce sont des systèmes « anti-délestage », ce que nous appelons régulièrement les back-ups solaires. Le même produit peut servir pour de nombreuses applications.

L’agriculteur qui utilise son groupe électro-solaire, s’en sert au champ le matin pour l’irrigation ; et le soir il rentre avec pour faire tourner son équipement électroménager. C’est cela l’idée de départ.

La deuxième idée, c’est d’accompagner le produit sur toute sa durée de vie. Nous offrons une garantie de 4 ans sur nos produits. Nous étalonnons le paiement sur cette durée avec une première remise de 20% ; mais après la garantie, nous assurons les composantes du produit en entier. C’est un peu comme les primes d’assurances de voiture où le client peut faire une assurance de remplacement des batteries, onduleurs, bref de toutes les composantes. Nous intervenons jusqu’à la fin de vie des modules qui dépassent un minimum de 20 ans.

T.F : Vos activités s’intègrent à la stratégie nationale d’électrification qui vise une couverture de 50% à l’horizon 2025 et 100% en 2030. Comment comptez-vous prendre votre part de gâteau dans cette stratégie ?

Y.A : Déjà, nous avons élaboré notre business-model en partant du marché national et nous avons une ambition sous-régionale.

Je pense que c’est la qualité des produits qui va véritablement faire la différence, ainsi que tout le service d’accompagnement que nous proposons. Nous voulons faire un assemblage local à échelle industrielle, donc nous allons avoir la capacité de produire plus vite et répondre rapidement aux sollicitations.

Nous serons donc à même d’accompagner la politique du gouvernement parce que nous sommes là, nous produisons localement, nous embauchons des jeunes, ce sont des emplois verts ; et en cas de dysfonctionnement, on sait où nous trouver, on sait que cela s’assemble ici et nous fournissons l’accompagnement sur toute la durée de vie du système.

T.F : Il y a l’entreprise BBOXX qui est déjà dans le domaine des kits solaires. En quoi vous différenciez-vous de leurs services ?

Y.A : D’abord dans la conception. Nous n’avons pas du tout la même approche technique. Nous avons un système compact mobile multiservices, nous associons tout l’accompagnement en termes de maintenance.

Ensuite, l’assemblage. Celui que nous voulons faire va créer beaucoup d’emplois locaux, à la fois au niveau de l’assemblage et de l’installation.

BBOXX, aujourd’hui, crée de l’emploi juste au niveau de l’installation. Pas au niveau de l’assemblage. En plus, c’est de l’expertise purement locale que nous apportons.

T.F : BBOXX a réussi à mobiliser des investisseurs autour de lui, notamment EDF qui est entré au capital récemment, et il y a d’autres initiatives qui soutiennent le gouvernement. Quelles sont vos perspectives en termes de mobilisation de ressources pour pouvoir financer vos ambitions ?   

Y.A : Nous avons soumis notre projet à l’appréciation du jury de la BOAD qui a trouvé que notre projet était le meilleur parmi ceux en compétition. Cela nous ouvre des opportunités auprès de la Banque et de ses partenaires techniques et financiers tel qu’ils viennent de nous le dire.

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Le Premier Ministre m’a également donné rendez-vous pour qu’on puisse échanger. Toute aide du gouvernement pour nous accompagner dans cette aventure sera la bienvenue.

On ne peut pas compter sur une seule entreprise pour tout faire. C’est un développement d’idées, de convictions et de visions. Je suis spécialiste du domaine, je suis diplômé, docteur en énergie solaire, donc je sais par expérience qu’il faut fédérer les compétences et les ressources pour parvenir à cet objectif qu’est l’électrification accessible à tous.

Tous ces aspects, ainsi que les travaux de recherche et développement sur lesquels nous nous basons pour développer nos produits, nous confèrent une certaine stabilité. Nous sommes dans la dynamique d’offrir un produit, le solaire, à des compatriotes, et qu’ils soient rassurés de son bon fonctionnement jusqu’à la fin de vie du produit.

T.F : Revenons-en à la fiche technique de votre produit. Est-ce qu’il ne rencontre pas des problèmes de portabilité au regard de la facilité de transport dont vous parlez ?

Y.A : Pas du tout. Ce sont des systèmes mobiles à roulettes. Il y a plusieurs catégories. C’est vrai que les catégories de 10 KW ne sont pas facilement déplaçables. Mais les catégories de 1Kva ou 3Kva sont extrêmement mobiles. On peut les mettre facilement dans son véhicule. Ce sont des produits plug-and-play. Donc ils ne demandent pas de technicité. Ce sont deux câbles interconnectés que pouvez déconnecter et reconnecter à votre guise.  

Nous avons les produits en essentiellement 3 gammes.

Celle destinée aux ménages, qui va de 1 à 5Kva, qui peut alimenter tous les électroménagers possibles. La deuxième gamme est destinée aux PME/PMI, aux unités productives en ville comme en milieu rural : Les moulins par exemple. La dernière catégorie concerne les produits agri-solaires : pour ceux qui veulent avoir des unités qui peuvent faire de l’irrigation par exemple.

T.F : Comment se comporte la demande sur le marché local ?

Y.A : Pour le moment, nous ne sommes pas dans l’industrialisation. C’est le projet que nous venons de soumettre. Nous sommes encore dans une approche assez artisanale. Donc nos produits ne sont pas encore de grande notoriété. Mais nous avons quand même une centaine d’installations déjà effectuées sur le Togo, le Burkina, le Bénin et le Ghana. Déjà testées, approuvées et installées.

Notre entreprise fonctionne entièrement au solaire. Mon propre domicile et ceux de certains collaborateurs également. Donc vous comprendrez que ce que nous envisageons de faire est assez sérieux. Et nous pensons que ce prix est déjà une reconnaissance.

Entretien réalisé par Octave A. Bruce

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